« Crimes contre l'humanité au Soudan » par RSF
Des « crimes contre l'humanité » commis au Soudan par les RSF

Le matin du 15 avril 2023, les habitants de Khartoum, capitale du Soudan, ont découvert avec stupeur que des combats éclataient dans leur ville, avant de gagner rapidement d'autres régions. Trois ans plus tard, le conflit opposant les Forces armées soudanaises (SAF) aux Forces de soutien rapide (RSF), ainsi qu'à une multitude de groupes armés et de milices alliés, a ravagé le pays. Des dizaines de millions de vies ont été brisées et des dizaines de milliers de civils sont morts.
Les RSF et leurs alliés ont commis des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre généralisés, notamment dans le cadre d'une campagne de nettoyage ethnique au Darfour. Les SAF et leurs alliés ont eux aussi commis des crimes de guerre. Les deux camps ont entravé l'aide, contribuant à la famine. Leurs dirigeants doivent répondre de leurs actes.
Voici les principaux rapports de Human Rights Watch documentant de graves préjudices infligés aux civils, ainsi que trois recommandations essentielles pour répondre aux atrocités commises dans tout le pays.
- Habila, Fayu et Dibeibat, État du Kordofan du Sud : à partir de septembre 2023, des combattants des RSF et milices alliées ont infligé des violences sexuelles généralisées à des dizaines de femmes et filles, principalement nouba, notamment dans un contexte d'esclavage sexuel. Ces exactions s'inscrivaient dans une offensive plus vaste contre les communautés nouba pendant les combats. Ces violences, dont l'esclavage sexuel, constituent des crimes de guerre et peuvent constituer des crimes contre l'humanité.
- Habila et Fayu, Kordofan du Sud : entre décembre 2023 et mars 2024, pendant les combats impliquant les RSF, les SAF et le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord, les RSF et des milices arabes alliées ont commis de nombreuses exactions contre les Nouba : meurtres, viols, enlèvements, pillage et destruction de logements.
- État de Gezira : après la défection, fin octobre 2024, d'Abou Aqlaa Keikel et de ses troupes — jusque-là principal commandant des RSF à Gezira — au profit des SAF, les RSF ont attaqué des dizaines de villages, tuant, blessant et détenant illégalement de nombreux civils. Des groupes locaux ont signalé des viols généralisés lors de ces attaques.
- El Fasher, y compris le camp d'Abou Shouk, État du Darfour du Nord : depuis avril 2024, les RSF ont mené des attaques illégales avec des armes explosives dans les zones peuplées de la capitale du Darfour du Nord, tuant des centaines de civils et forçant des dizaines de milliers de personnes à fuir. Elles ont incendié des quartiers résidentiels et délibérément visé un hôpital au moins une fois, ce qui constitue un crime de guerre.
- Région de Khartoum : les RSF ont commis dans Khartoum et ses villes sœurs de nombreuses violences sexuelles liées au conflit, notamment des viols collectifs et des viols, surtout contre les femmes et les filles, sans épargner les hommes. Ces violences constituent des crimes de guerre et peuvent constituer un crime contre l'humanité. Elles ont également imposé des mariages d'enfants et des mariages forcés, attaqué les intervenants locaux luttant contre la crise des violences sexuelles et visé soignants et établissements de santé, autant de crimes de guerre.
- À l'échelle nationale : le conflit a provoqué une crise alimentaire catastrophique. Les belligérants bloquent délibérément l'aide et pillent les réserves, exposant des millions de personnes à la famine. Les RSF ont également visé les travailleurs humanitaires et les intervenants locaux.
- El Geneina et sa banlieue d'Ardamata, Darfour occidental : certaines des pires atrocités de 2023 ont été commises à El Geneina, où les RSF et des milices alliées, dont le groupe armé Tamazuj, ont perpétré des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre généralisés dans le cadre d'un nettoyage ethnique visant les Masalit et d'autres populations non arabes. Les combattants ont exécuté des civils, attaqué des foules en fuite, violé des femmes et des filles et incendié des quartiers entiers, tuant au moins plusieurs milliers de personnes et poussant des centaines de milliers d'autres vers le Tchad. La responsabilité de commandement des dirigeants des RSF, notamment au Darfour occidental, et de trois commandants de milices alliées a été établie. Le contexte particulier des massacres doit faire l'objet d'enquêtes supplémentaires afin de déterminer l'existence d'une intention génocidaire contre la communauté masalit.
- El Geneina, Darfour occidental : les violences sexuelles liées au conflit ont fait partie intégrante de la campagne de nettoyage ethnique des RSF et de leurs alliés. Entre avril et juin 2023, ils ont violé des dizaines de femmes et de filles masalit à El Geneina et sur les routes vers le Tchad. Les survivantes ont rapporté des viols et viols collectifs dont les auteurs les ciblaient souvent en raison de leur ethnie masalit ou de leur rôle dans la communauté.
- Misterei, Darfour occidental : en mai 2023, alors qu'El Geneina était également attaquée, les RSF et des milices alliées ont pris d'assaut Misterei. Elles ont sommairement exécuté au moins 28 hommes et garçons masalit et tué ou blessé des dizaines de civils. Elles ont pillé logements et commerces et entièrement incendié des quartiers.
- Khartoum et ses villes sœurs Omdurman et Bahri, El Fasher, Nyala, El Geneina (Darfour), El Obeid (Kordofan du Nord) : dès les premiers jours du conflit, les RSF ont employé des armes explosives dans des zones densément peuplées, tuant et blessant des civils. Bombardements et frappes aériennes ont touché logements, hôpitaux et marchés, détruisant des infrastructures essentielles et aggravant la crise humanitaire.
Protection des civils, notamment par le déploiement d'une mission de protection
Compte tenu de l'ampleur des atrocités, du mépris total des belligérants pour les règles élémentaires de la guerre, du retrait des forces de maintien de la paix du Darfour avant le conflit, des restrictions persistantes à l'aide et des attaques contre les intervenants locaux, des mesures robustes de protection, dont le déploiement d'une mission dédiée, restent indispensables.
Respect et extension de l'embargo sur les armes
Les belligérants ont acquis des équipements apparemment nouveaux fabriqués par des entreprises enregistrées en Chine, en Iran, en Russie, en Serbie et aux EAU — drones armés, lance-roquettes multiples montés sur camion, brouilleurs de drones et missiles antichars guidés — et les ont employés au Soudan, notamment au Darfour, toujours soumis à un embargo de l'ONU. Human Rights Watch a documenté l'utilisation de ces matériels lors d'attaques apparemment illégales. Le Conseil de sécurité doit faire respecter l'embargo existant, étendre ses restrictions du Darfour à tout le Soudan et demander des comptes aux contrevenants.
Justice pour les violations en cours
L'impunité au Soudan a encouragé les auteurs d'exactions à commettre de nouveaux crimes graves pendant les combats actuels. Les États membres de l'ONU, l'Union africaine et l'Union européenne doivent soutenir les travaux de la Cour pénale internationale au Darfour et l'extension de sa compétence à tout le pays, appuyer un mécanisme judiciaire internationalisé pour le Soudan et encourager les procédures fondées sur la compétence universelle, qui permettent à d'autres pays de poursuivre les crimes les plus graves, quel que soit leur lieu.